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Lee Bae, série Issu du feu, 2018 © Avec l’aimable permission de l’artiste et de la galerie Perrotin. Photo: Guillaume Ziccarelli

Une introduction à l'artiste Lee Bae

  • Essai
  • Fondation PHI
Par  Marie-Hélène Lemaire

Venez découvrir les multiples expressions du charbon de bois dans les peintures, dessins, sculptures, installations et vidéo de l’artiste Lee Bae.

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© Avec l’aimable permission de l’artiste et de la galerie Perrotin. Photo: Hongbum An

LE CHARBON DE BOIS

L’artiste est connu pour son utilisation du charbon de bois, qui représente son matériau de prédilection en raison de ses qualités matérielles, symboliques et spirituelles.

Lee Bae Daegu Art Museum 2014
Lee Bae, Daegu Art Museum, 2014 © Avec l’aimable permission de l’artiste

L’ARTISTE

Originaire de la Corée du Sud, Lee Bae vit entre Séoul et Paris et travaille à Paris. À son arrivée en France à 33 ans, il redécouvre le charbon de bois en briquettes et en morceaux. Il réalise alors combien ce matériau constitue un lien puissant avec sa culture coréenne d’origine. Il lui rappelle l’encre de Chine à base de suie ainsi que les procédés de construction de maisons qu’il a connus dans sa jeunesse. Dans la tradition coréenne, lorsqu’on creuse les fondations d’une maison, le charbon de bois est la première chose qu’on y dépose, pour l’assainir et la protéger des insectes. De même, l’arrivée d’un nouveau-né dans une famille est signalée à la porte par un morceau de charbon de bois accroché à une corde.

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Vue d’exposition, Lee Bae: UNION, 2021, Fondation PHI. Issu du feu (détail), 2018. Charbon de bois et élastique. Avec l’aimable permission de l’artiste et Perrotin © Fondation PHI pour l’art contemporain, photo: Richard-Max Tremblay

SON PROCESSUS

La série de sculptures intitulée Issu du feu est composée d’une multitude de tronçons de pin carbonisés qui proviennent de la terre natale de Lee Bae à Cheongdo. Là-bas, l’artiste sélectionne avec soin chaque pin qui se consumera ensuite lentement pendant deux semaines dans un grand four fait sur mesure. Les pins doivent être suffisamment brûlés pour se fissurer et se craquer, mais non au point de se dissoudre en cendres. Une fois les troncs refroidis, l’artiste place des élastiques noirs tout autour, afin de contenir la forme carbonisée, ainsi que ses écorces friables et cendrées. Il en résulte une matière noire dans un état d’entre-deux entre intégrité et volatilité, solidité et évanescence, qui évoque ce fragile équilibre entre destruction et renaissance.

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Vue d’exposition, Lee Bae: UNION, 2021, Fondation PHI. Issu du feu (détail), 2002. Charbon sur toile. Avec l’aimable permission de l’artiste et Perrotin © Fondation PHI pour l’art contemporain, photo: Richard-Max Tremblay

LE NOIR ET LA LUMIÈRE

Les œuvres picturales de la série Issu du feu illustrent les infinies nuances, textures et densités de la couleur noire, qui possède une diversité chromatique toute particulière. Le noir contient toutes les couleurs, il absorbe toutes les couleurs. Ces œuvres révèlent également les propriétés lumineuses et ombrageuses du charbon de bois. Elles sont créées à l’aide d’éclats et de morceaux de charbon de bois, qui sont méticuleusement collés, compactés, abrasés et poncés par l’artiste. Cet assemblage crée une constellation de fragments de charbon, avec plusieurs angles et coupes qui, ici et là, absorbent et réfractent la lumière, créant des reflets et des chatoiements.

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Vue d’exposition, Lee Bae: UNION, 2021, Fondation PHI. Sans titre (détail), 1999. Charbon de bois. Avec l’aimable permission de l’artiste et Perrotin © Fondation PHI pour l’art contemporain, photo: Richard-Max Tremblay

LA MÉMOIRE SENSORIELLE

L’œuvre Sans titre est composée d’une multitude de petites formes en charbon de bois apposées au mur. À la frontière de l’abstraction et de la figuration, elles sont mystérieuses et intrigantes. Cette œuvre représente, pour Lee Bae, une autre manière d’utiliser le charbon de bois en tant que matière-mémoire, car ces petites formes représentent des kakis, des fruits très communs dans son village natal. Ainsi, ces kakis en charbon, et leur organisation, sont issus de souvenirs d’enfance.

Le plaqueminier (ou arbre à kaki) est évoqué par la disposition des petites formes en charbon au mur, qui peut rappeler l’emplacement des fruits dans les branches. Cette forme de composition des kakis peut également rappeler un essaim, une envolée ou une constellation. Comme si ces kakis, en étant réanimés par le charbon, étaient réactivés d’un nouvel élan, d’une nouvelle énergie.

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Lee Bae, Burning a house of moon, 2014. Extrait de production. © Avec l’aimable permission de l’artiste et Perrotin

LE RITUEL

L'œuvre vidéo de Lee Bae, Burning a house of moon, présente une cérémonie traditionnelle coréenne qui a lieu la nuit de la première pleine lune de l’année lunaire. Il existe plusieurs versions de ce rituel selon les régions du pays. Celle que Lee Bae nous donne à voir représente la cérémonie telle que pratiquée dans son village natal. Le rituel consiste à créer une Maison de la Lune avec des aiguilles, des branches et du bois de pin qu’on érige en forme de grande tente. Les villageois écrivent ensuite leurs souhaits sur des bouts de papier et les accrochent aux branches de pin. Quand la lune se lève, la Maison de la Lune est brûlée et les souhaits, en fumée, montent vers le ciel. C’est par ce processus que les vœux sont transportés pour être réalisés.

Dans les temps anciens, une manière de transmettre notre message aux cieux était par l’entremise de la fumée. Cette utilisation de la fumée doit donc venir d’une sensibilité commune à toute l’humanité. Les gens tentaient de communiquer avec la nature et les êtres spirituels de cette manière. –Lee Bae

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Lee Bae, série Sans titre (détail), 2019. Charbon de bois sur papier de mûrier. © Avec l’aimable permission de l’artiste et Perrotin. Photos: Guillaume Ziccarelli

LA GESTUELLE

Avec ces deux œuvres Sans titre, Lee Bae explore la gestuelle et ses traces. On pourrait penser que Lee Bae a créé ces formes de manière improvisée et spontanée, car elles sont très vibrantes. Au contraire, ses gestes, et les traces qu’ils laissent sur le papier, sont le fruit d’une recherche rigoureuse et de maintes répétitions. Ainsi, le corps se voit peu à peu infusé de ces gestes, jusqu’à ce qu’ils soient pleinement intégrés.

Il ne faut pas oublier l’importance de la répétition, du geste inlassablement répétitif, dans la culture coréenne. On entre en contemplation en répétant les choses, tout comme les moines, les philosophes, les musiciens. Mais bien qu’elle soit une incessante répétition, chaque interprétation est différente: c’est la répétition qui permet à l’artiste d’amener son univers créatif à maturité. –Lee Bae

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Vue d’exposition, Lee Bae: UNION, 2021, Fondation PHI. Série Issu du feu, 2018. Charbon de bois et élastique. Avec l’aimable permission de l’artiste et Perrotin © Fondation PHI pour l’art contemporain, photo: Richard-Max Tremblay

LE CYCLE DE LA VIE ET DE LA MORT

Les espaces du 465, rue Saint-Jean accueillent une vaste installation de troncs de pins carbonisés de la série Issu du feu. Nous sommes alors invité·e·s à une promenade contemplative dans cette forêt incandescente, cendrée et silencieuse. Cette installation souligne la corporalité du travail de Lee Bae et met en œuvre une compréhension animiste des corps et de leur rapport à l’environnement. Le charbon de bois est une matière à la résonance primordiale qui est issue du feu et ravivée par lui tout à la fois. Cette forêt nous permet ainsi de méditer les cycles de destruction et de réanimation, de vie et de mort. Les surfaces fissurées et craquelées des troncs de pins brûlés nous situent dans une relation intime d'enlacement avec la nature: nos corps et nos esprits y sont plongés, dans ce rapport de réciprocité, par le mouvement de nos pas parmi les troncs carbonisés.

Autrice: Marie-Hélène Lemaire

Marie-Hélène Lemaire est responsable de l’éducation à la Fondation PHI pour l’art contemporain. Elle a complété un Ph.D. en communications à l'Université Concordia en 2015 qui porte sur le développement d’une pédagogie basée sur le mouvement pour la visite guidée de groupe dans les expositions d’art contemporain. Elle utilise les approches féministes de la corporéité, du néo-matérialisme et de la recherche poétique afin de privilégier et de valider nos engagements somatiques et affectifs envers l’art contemporain. Elle nourrit une pratique d’écriture poétique pour le développement, l’animation et l’interprétation de son programme éducatif. Elle est vouée à la justice épistémique dans le milieu de l’art.

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