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Jessica Lelièvre, «Sans titre», 2021. Rayogramme

Retour aux sources: Expérimentations photographiques

  • Photographie
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  • Fondation PHI
Par  Jessica Lelièvre

Si d’abord, l’on peut aborder le concept du feu comme un élément de destruction, l’exposition UNION de Lee Bae à la Fondation PHI à l’hiver 2021 nous a fait réfléchir sur l’aspect transitif de la nature de ce dernier, soit le passage obligé de cette annihilation et de l’effacement vers la transformation et le renouveau.

Pour le projet Expérimentations photographiques, c’est la performativité des traces causée par le feu qui m’a porté à réfléchir autour du processus créatif, sur ce qu’est l’aspect de transformation, de cycle, du temps qui passe, embellissant et influant de sens ce qu’il touche au passage. Le cycle créationnel est tel le cycle de la vie. Parallèlement, dans la dernière année, en tant qu’artiste, la photographie argentique est devenue mon unique moyen d’expression, car, plus riche et plus vivante, elle me permet de prendre du recul face à ma pratique et à l’instantanéité du numérique.

Encore avant l’argentique tel qu’on le connait aujourd’hui, la technique du Photogramme consiste à enregistrer la trace laissée par le contact direct d’un objet qu’on dépose sur une surface photosensible. Écartant le besoin d’utiliser un apparatus photographique, la création d’un photogramme rend possible un retour aux sources de la Photographie, à l’époque où les photographes étaient encore en plein contrôle des étapes de fabrication de leurs images. C’est un processus long et fastidieux mais qui résulte en quelque chose d'étonnant. Si l’on suit les étapes du développement photographique convenu, l’empreinte des objets placés sur le papier photosensible et préalablement enregistrée par l’exposition de la lumière, se voit fixée. L’image qui était alors invisible à l'œil nu se révèle. Tel un petit miracle, l’invisible devient visible et la Photographie, l’écriture même de la Lumière, est parachevée. Contempler un photogramme, c’est un peu comme avoir une autre perspective de regard sur la vie, sur le visible et l’invisible, le figuratif et l’abstraction, sur ce qui se perd et ce qui est à jamais transformé.

Le processus de création de Lee Bae, simple et à la fois si efficace, m’a fait beaucoup réfléchir sur ma propre pratique artistique. En tant que photographe-portraitiste, je me suis toujours intéressée à l’humain à travers ses relations, ses interactions, ses joies et ses peines. Mes projets personnels tournent autour des grandes étapes de vie, les miennes et celles de mon entourage. J’essaye humblement d’en montrer ce qui en ressort de bon comme de moins bon afin de rendre compte de ces étapes de vie le plus authentiquement possible. Mon obsession étant de montrer ce qu’on ne voit pas, comme des expressions non-contrôlées, un geste involontaire, ou au contraire, la crudité des corps nus qui regardent la caméra sans détour ni artifice. C’est cette recherche d’authenticité et d’humilité dans mon processus de création photographique qui me pousse à poursuivre mes expérimentations sur les procédés photographiques alternatifs. J’en suis venu à me questionner sur la différence de perception et de langage entre une photographie couleur et celle noir et blanc. Qu’arrive-t-il si je traite une pellicule couleur avec un révélateur qui ne développe pas les couches de couleurs primaires et leurs complémentaires? Que restera-t-il sur la pellicule si j’efface délibérément ces couches? Quelle aura pour impact la transformation chimique de cette action? Ma compréhension de l’image en sera-t-elle affectée? Si oui, de quelle façon? 

Le procédé du développement croisé consiste à développer volontairement une pellicule photographique dans la mauvaise solution chimique. C’est une manière contre-intuitive, longue et imprécise, de créer une photographie noir et blanc, à partir d’un négatif originellement dédié à être développé en couleur, et vice-versa. Ce processus créatif a pour résultat d’échapper à la Photographie comme un concept de miroir du réel, puisque la reproduction exacte des couleurs captées lors de la prise de vue est irrecevable. De sorte, comme pour les photogrammes, ce que l’on voit n’est pas nécessairement ce qui semble être. La mimesis de la Photographie telle que nous la concevons, est perpétuellement remise en doute à travers les différentes étapes d’altération de l’image, qu’elles soient volontaires ou non.

À travers l’ensemble de ces explorations photographiques, j’ai voulu diriger mes réflexions sur une remise en question de l’Image photographique grâce aux différentes façons de la percevoir et de l’approcher. C’est en quelque sorte ce que Lee Bae fait du feu, lorsqu’il peint ses abstractions à l’encre de charbon. Le même aspect de conscience de l’imprévisible et de la transformation habite nos processus créatifs, de manière presque méditative. Arrivant au terme de mes réflexions, je crois plus que jamais que l’important derrière l’intention de nos gestes créatifs, quels qu’ils soient, c’est d'acquiescer à les percevoir comme un véhicule de changement, transformatif, nécessaire, qui questionne sans cesse nos anciennes façons de faire, et ce pour un futur meilleur. Voilà tout spécialement le rôle que se doit de prendre l’artiste, en ces temps incertains, où changement rime avec bouleversement.

PLATEFORME

Cet article a été rédigé dans le cadre de Platforme. Plateforme est une initiative créée et menée conjointement par les équipes de l’éducation, du commissariat et de l’expérience du·de la visiteur·euse de la Fondation PHI. Par diverses activités de recherche, de création et de médiation, Plateforme favorise l’échange et la reconnaissance des différentes expertises des membres de l’équipe de l’expérience du·de la visiteur·euse, qui sont invité·e·s à explorer leurs propres voie/x et intérêts.

Autrice: Jessica Lelièvre

Jessica Lelièvre est une artiste et photographe franco-canadienne. À la frontière entre figuration et fiction, son travail se veut un journal d'intimité et de transparence. Elle puise son inspiration dans l'anarchie et le bruit, le non-sens et les petites joies tristes de la vie. Son art est un entremêlement de photographies, d'écriture et d’installations vidéo. Depuis 2017, Jessica est cofondatrice d’un collectif de photographes, qui propose et organise activement, chaque année, des rencontres, expositions et publications, dans le but d’ouvrir la discussion sur les différents enjeux de la photographie dans le monde de l’art. jessicalelievre.com

Entitled
Le collectif Entitled rallie sous une même bannière le travail d’artistes de la relève montréalaise en art contemporain, avec une attention particulière pour la photographie d’auteur·trice et les procédés alternatifs. Des expositions dans différents lieux de la ville ainsi que des publications d’artistes sont organisées au cours de l’année par les principaux membres du collectif, sous l’effort commun de leur pratique curatoriale vers un monde de l’art se libérant du boys club. Toujours dans une optique de faire briller le talent d’aujourd’hui, le collectif Entitled s’engage à être un lieu de partage ouvert, inclusif et respectueux du genre, du nom et des différentes cultures des artistes qu’il représente. en-titled.com

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