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Lee Bae, Brushstroke-226 (détail), 2020. Encre de charbon sur papier. Avec l’aimable permission de l’artiste et de la galerie Perrotin © Fondation PHI pour l’art contemporain, photo: Marc-Olivier Bécotte.

Lee Bae. Distinguer les traces du passé.

  • Essai
  • Arts visuels
  • Fondation PHI
Par  Daniel Fiset
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Lee Bae, Brushstroke-213 (détail), 2020. Encre de charbon sur papier. Avec l’aimable permission de l’artiste et de la galerie Perrotin © Fondation PHI pour l’art contemporain, photo: Marc-Olivier Bécotte.

Inspirée par des savoir-faire traditionnels et par des gestes de préservation et de transformation de la matière, la pratique de Lee Bae reflète la complexité des questions patrimoniales, par lesquelles on distingue les traces du passé à conserver de celles qui disparaîtront, et avec lesquelles on définit ce que l’on transmettra aux générations futures. Ainsi, ses œuvres font se rencontrer deux dimensions distinctes, mais complémentaires du patrimoine: l’immatériel et le matériel.

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Lee Bae, Brushstroke-226 (détail), 2020. Encre de charbon sur papier. Avec l’aimable permission de l’artiste et de la galerie Perrotin © Fondation PHI pour l’art contemporain, photo: Marc-Olivier Bécotte.

Cette réflexion patrimoniale est d’abord incarnée par le rapport de Lee Bae au charbon, le matériau central de ses œuvres depuis les années 1990. Obtenu après la consommation du bois, le charbon est simultanément ce qui reste et ce qui permet le rallumage: sa portée poétique tient dans cette ambiguïté, entre la trace d’un passé et la possibilité de gestes à venir. Si cet engagement profond rappelle les démarches d’autres artistes contemporain·e·s qui se sont limité·e·s à l’exploration d’une seule et même matière, il fait aussi directement écho à l’histoire coréenne et à ses traditions. L’histoire de la calligraphie, pour lesquelles le charbon a permis de fabriquer l’encre, est évoquée dans les œuvres sur papier de Bae. Le procédé employé pour obtenir le charbon, que l’artiste exécute dans son atelier de Cheongdo, rappelle quant à lui le rituel annuel de la combustion de la maison de la lune, ou daljip taeugi, au cours duquel on entasse des branches de pin en un grand monticule. Ce dernier sera brûlé pendant la première pleine lune de la nouvelle année du calendrier lunaire. Bae a capté un de ces immenses feux dans une vidéo, Burning a house of moon, présentée au dernier étage de notre bâtiment principal.

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Bâtiment de la Fondation PHI © Fondation PHI pour l’art contemporain, photo: George Fok.

Ces questions résonnent tout particulièrement dans les édifices qui accueillent les œuvres de Bae pour les prochains mois; édifices qui, avant d’être des espaces d’exposition de la Fondation PHI, ont abrité tour à tour des compagnies d’assurance et de télécommunications, ou encore une école d’animation. Elles se posent aussi dans le Vieux-Montréal, quartier historique dans lequel est située la Fondation. En même temps qu’il fait voir une certaine histoire, le Vieux-Montréal est aussi un lieu d’absence: si certains bâtiments ont été préservés, d’autres disparaissent sans laisser de trace. Par exemple, tout juste à côté du 465, rue Saint-Jean siégeait le Pigeon Hole, un parc de stationnement automatisé multiétages construit en 1956 et dans lequel les voitures étaient transportées sur des ascenseurs hydrauliques. Le bâtiment, tombé en désuétude, a été rasé au tournant des années 2000. Il ne subsiste aucune trace de cette occupation, et le terrain a été transformé en espace vert.

Cette observation montre les limites de la sauvegarde du patrimoine tel qu’il est mis en pratique par les instances gouvernementales, qui auront parfois tendance à écarter ou à occulter certaines histoires au profit d’autres. En octobre 2020, le ministère de la Culture et des Communications annonçait d’ailleurs un projet de modification de la Loi sur la patrimoine culturel, qui demeure l’outil principal pour encadrer la préservation patrimoniale au Québec. Cette annonce survient après la démolition de plusieurs bâtiments historiques aux quatre coins de la province ces dernières années. Bien que chacune de ces démolitions ait un contexte qui lui est propre, leur étude croisée montre que la valeur patrimoniale ne fait souvent pas le poids contre les intérêts de la spéculation immobilière ou l’attrait de la nouveauté. Plusieurs organismes québécois soulignent depuis longtemps les limites des balises mises en place par l’État, qui ne suffisent pas à répondre à la crise patrimoniale. On en comprend donc que la protection du patrimoine ne peut être assurée uniquement par l’État. À cet égard, les œuvres de Lee Bae confirment que les artistes peuvent aussi actualiser les questions patrimoniales par leurs démarches et rappellent que l’art fournit un cadre propice pour réfléchir à ces mêmes questions.

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Lee Bae, Landscape ch-38 (détail), 2002. Charbon sur toile. Avec l’aimable permission de l’artiste et de la galerie Perrotin © Fondation PHI pour l’art contemporain, photo: Marc-Olivier Bécotte.

En vous baladant dans votre quartier, remarquez le nom que portent les rues, les parcs, les places publiques, les écoles, les églises. Que nous disent ces noms sur la manière dont nous côtoyons continuellement le passé? Que révèlent ces noms sur nos histoires collectives? Quels en sont les grands absents?

Un des rôles principaux des musées d’art est de veiller à la préservation d’œuvres d’art, même si celles-ci utilisent parfois des matériaux fragiles, provisoires, organiques ou appelés à se défaire. Si vous étiez responsable d’une œuvre de ce genre, comment procéderiez-vous? La préservation pourrait-elle être contraire à l’intention de l’artiste qui travaille avec de tels matériaux? De manière plus générale, pourquoi préservons-nous des œuvres d’art? Qui bénéficie de la conservation des œuvres d’art?

Mouvements

L’outil Mouvements: Lee Bae est conçu par l’équipe de l’éducation à la Fondation PHI afin d’encourager les visiteurs à développer en profondeur certains concepts clés explorés par l’exposition Lee Bae: UNION.

Auteur: Daniel Fiset

Daniel Fiset est un travailleur culturel basé à Tiohtiá:ke/Mooniyang/Montréal. Détenteur d'un doctorat en histoire de l'art de l'Université de Montréal, il a collaboré avec de nombreuses institutions québécoises et canadiennes en arts visuels, dont OPTICA, esse arts + opinions et le Musée d'art contemporain des Laurentides. Il occupe actuellement le poste de commissaire adjoint à l'engagement à la Fondation PHI pour l'art contemporain, et a été le commissaire de l’exposition de la résidence PHI MONTRÉAL 2021.

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