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Lee Bae, Issu du feu ch-66, 2003. Charbon de bois sur toile, 260 x 170 cm. Avec l’aimable permission de l’artiste et Perrotin.

Contemplation silencieuse: la convergence et le contraste dans l’exposition Lee Bae: UNION

  • Essai
  • Fondation PHI
Par  Pohanna Pyne Feinberg

En franchissant le pas de l’exposition Lee Bae: UNION, je me retrouve dans un espace empreint d’un silence contemplatif.

Un silence si profond que mes inspirations se font entendre d’un bout à l’autre de la pièce. Un silence qui augmente l’acuité visuelle et fait ressortir chaque détail. La convergence des œuvres noires et des murs d’un blanc éclatant me semble significative: ces deux couleurs possèdent chacune des qualités qui leur sont propres, mais leur potentiel respectif est particulièrement magnifié lorsqu’elles sont juxtaposées. En me questionnant sur l’existence d’un seuil à partir duquel l’une d’elles devient l’autre, je me rappelle un enseignement du moine bouddhiste Thich Nhât Hanh à propos de l’inter-être:

«Si vous êtes poète, vous verrez clairement un nuage flotter dans cette feuille de papier. Sans nuage, il n’y aurait pas de pluie; sans pluie, les arbres ne pousseraient pas; et sans arbre, nous ne pourrions pas faire de papier. Le nuage est essentiel à l’existence du papier, ici, devant nous. Sans le nuage, pas de feuille de papier. Ainsi, il est possible de dire que le nuage et la feuille de papier «inter-sont». En regardant encore plus en profondeur dans cette feuille de papier, nous y voyons aussi le soleil. Sans soleil, la forêt ne pourrait pousser. En fait, rien ne pourrait pousser, et nous ne pourrions pas nous développer. Par conséquent, nous percevons aussi la présence du soleil dans cette feuille de papier. Le papier et le soleil inter-sont. En continuant d’observer, nous découvrons également le bûcheron qui a coupé l’arbre et l’a amené à la fabrique de papier. Et nous voyons le blé: nous savons que cet homme n’aurait pu vivre sans son pain quotidien. C’est pourquoi le blé qui a servi à la confection du pain dont s’est nourri le bûcheron est aussi présent dans cette feuille de papier. Et le père et la mère du bûcheron y sont également. Si nous observons de cette manière, nous remarquons que, sans tous ces éléments, cette feuille de papier ne pourrait exister. … En examinant encore plus profondément, nous y découvrons aussi notre présence, car lorsque nous regardons cette feuille, celle-ci fait partie de notre perception.» [1]

La personne qui regardera l’exposition à travers le prisme de l’inter-être découvrira que:

le lisse révèle le rugueux
les constellations forment un tout
l’épaisseur renferme la fragilité
l’effacement confère la structure
la tranquillité évoque l’éphémère
la fumée infuse le charbon
la peinture interprète le bois
la présence exprime la mémoire

En prenant conscience des relations qui existent entre les œuvres et au sein de celles-ci, je me souviens d’un commentaire de Cheryl Sim, dans son essai publié dans le livret de l’exposition: «Les peintures et les sculptures portent toutes le même titre, une allusion au fait que chaque œuvre est distincte, tout en étant partie intégrante d’un ensemble, ce qui rappelle la vision holistique des écosystèmes.» [2] Cette réflexion m’amène ensuite à réfléchir aux systèmes et aux réseaux qui sous-tendent l’existence de l’exposition elle-même.

Par exemple, je m’imagine le cours déchainé des rivières du Nord québécois, car elles génèrent l’électricité qui alimente les luminaires dont les faisceaux illuminent les œuvres. Il y a aussi les réseaux humains: toutes ces personnes dont les habiletés et le sens de l’organisation ont permis aux œuvres de se trouver là, devant mes yeux aujourd’hui. Toutes ces personnes dont les efforts rendus invisibles de main de maître sont néanmoins essentiels à l’existence de l’exposition. Je médite aussi à propos sur la manière dont mon exposition antérieure à des créations d’art visuel influence ma perception et mon interprétation du travail de Lee Bae. Par exemple, mes réflexions sur l’inter-être me rappellent mes lectures récentes sur la cosmologie spirituelle du peintre anishinaabe Norval Morrisseau, qui utilise des «lignes de communication qui […] indiquent des relations et forment souvent des boucles fermées qui font penser à des circuits électriques […] qui relient les figures les unes aux autres pour créer des compositions équilibrées faites de figures interdépendantes.» [3] Peut-être est-il possible de voir dans les traces de feu de Lee Bae une certaine charge énergétique ou un circuit conceptuel qui relie les œuvres entre elles.

Je poursuis ma visite, lentement, et une véritable chorégraphie de détails se révèle à moi. Je résiste à l’envie de tendre la main pour découvrir les textures et transforme ma visite en balade photo. Mon téléphone devient le prolongement de mes sens. À travers sa lentille, mon exploration de la galerie et de l’exposition gagne en intimité. Envoûtée par les juxtapositions, les contrastes et le jeu de la lumière, je croise:

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Lee Bae, Issu du feu ch-66 (detail), 2003. Charcoal on canvas, 260 x 170 cm. Courtesy of the artist and Perrotin.

des éclats rayonnants de bleu et d’or

Image2 Thresholds blurred 1280x960
Lee Bae, Landscape ch-37 (détail), 2002. Charbon de bois sur toile, 218 x 291 cm. Avec l’aimable permission de l’artiste et Perrotin.

des confluences floues et dynamiques

Image5 the spaces in between 960x1280

des formes gracieuses mises en valeur par de subtils interstices

Image 3 shadows 1280x960

des ombres renfermant des résonances

Image 4 the years of a tree 960x1280

des textures charbonneuses et craquelées qui témoignent de la marche du temps

Image 6 outside 1280x960

Ma perception s’en imprègne.

Au sortir de l’exposition, alors que je descends l’escalier qui mène à l’extérieur, je continue de porter en moi l’œuvre de Lee Bae.

Proposition

Abordez votre visite de Lee Bae: UNION comme une balade photo contemplative. En entrant, laissez-vous imprégner des sons, des couleurs, des textures, des ombres, des formes et des autres détails qui vous entourent. Observez-vous un lien ou un contraste entre les œuvres et l’espace? Qu’est-ce qui attire votre regard, et pourquoi? La lentille de votre appareil photo intensifie-t-elle votre perception ou votre interprétation des œuvres? Si oui, de quelle façon? En quittant l’exposition, avez-vous le sentiment de continuer de la porter en vous? De quelle façon?

Apprentissages supplémentaires

> L’audioguide est un complément très instructif à votre visite.
> Pour aller plus loin dans l’exploration sensorielle, consultez l’Activité 5 de la Trousse familles.

Bibliographie


[1] Thich Nhat Hanh, Le cœur de la compréhension — Commentaires sur le Soutra du Cœur de la Prajnaparamita. Village des Pruniers, France, 1990.
[2] Cheryl Sim, Lee Bae: UNION (livret de l’exposition). Fondation PHI, Montréal, 2021.
[3] Carmen Robertson, Norval Morrisseau: Sa vie et son œuvre. Institut de l’art canadien, Toronto, 2016). Consultable en ligne: https://www.aci-iac.ca/fr/livres-dart/norval-morrisseau/style-et-technique/#La-ligne

Mouvements

L’outil Mouvements: Lee Bae est conçu par l’équipe de l’éducation à la Fondation PHI afin d’encourager les visiteurs à développer en profondeur certains concepts clés explorés par l’exposition Lee Bae: UNION.

Autrice: Pohanna Pyne Feinberg


Pohanna Pyne Feinberg
est une artiste-éducatrice qui travaille avec de multiples formes, notamment les promenades audio participatives, la découpe de papier et la gravure. L’impermanence, la cocréation avec le lieu, la mémoire collective et la circularité sont des notions récurrentes dans sa pratique. En 2019, elle a terminé un doctorat en éducation artistique (Université Concordia, Montréal) qui a exploré la marche comme processus créatif et comme forme d’expression artistique. Elle enseigne également l’histoire de l'art au Collège Dawson, où elle codirige un projet de deux ans financé par l’ECQ visant à favoriser l’autochtonisation et la décolonisation des programmes d’études/pédagogie en histoire de l’art dans les cégeps. Son approche de l’éducation artistique basée sur les expositions vise à encourager la réflexion et le dialogue afin de favoriser les épiphanies et l’autonomisation personnelle par le biais de la connexion artistique.

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