Exposition • Art contemporain
23 avril → 13 septembre
Jakob Kudsk Steensen: Autres mondes
451, rue Saint-Jean
407, rue Saint-Pierre
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Le département de l’éducation offre des visites de groupe sur place pour les groupes de primaire, secondaire, cégep, universitaire, ainsi que pour les groupes communautaires et le grand public. La visite de groupe peut être combinée à un atelier de création. Pour faire une réservation de groupe, veuillez remplir notre formulaire en ligne.
Venez découvrir la première grande exposition de Paola Pivi au Québec ainsi que sa première exposition itinérante au Canada, initialement produite par Contemporary Calgary.
L’art de Paola Pivi porte sur les possibilités et les potentialités. Il est question de liberté et de vérité. Née à Milan et séjournant actuellement à Toronto, l’artiste détourne le familier et l’ordinaire de manière à élargir notre relation à l’environnement bâti. Nourri d’observations attentives et de l’imaginaire, son œuvre déploie des mondes à la fois curieux et magiques, tout en demeurant ancré dans les réalités de notre époque.
Venez voir. Mensonges mensonges marque la première grande exposition itinérante de Paola Pivi au Canada. L’exposition réunit des installations sculpturales qui interrogent l’authenticité de symboles emblématiques, tels que la statue de la Liberté ou l’ours polaire, désormais associés aux idées de liberté et de changement climatique. Au cœur de l’exposition, l’œuvre immersive Lies (2018) invite le public à réfléchir au terrain instable entre vérité et mensonge, information réelle et information fabriquée.
Souvent présentées sous forme d’assemblages théâtraux, les œuvres de Pivi mobilisent la puissance de l’association pour mettre au jour et démystifier la relation construite entre les mondes naturel et fabriqué. Elles nous amènent ainsi à interroger nos choix et à prendre la mesure de la responsabilité intrinsèque qu’ils impliquent. Son travail s’attache à ce qui est juste et factuel, en faisant apparaître les strates de désinformation et de stéréotypes, tout en conservant une part d’ironie et de jeu propice à un engagement élargi et à une introspection plus profonde.
Commissaire: Kanika Anand, Calgary Contemporary
Paola Pivi a remporté le Lion d’or du meilleur pavillon national à la Biennale de Venise en 1999, aux côtés de cinq autres artistes. Elle a également participé à l’édition de 2003 de la Biennale de Venise, ainsi qu’à Manifesta en 2004 et 2014, à la Biennale de Berlin en 2008, à la Triennale d’Echigo-Tsumari en 2015, et à la Biennale de Yokohama en 2017.
Elle a réalisé des œuvres d’art public pour le Public Art Fund et la High Line à New York en 2012 et 2022, ainsi que pour Sculpture International Rotterdam en 2010.
Pivi a présenté des expositions individuelles dans de nombreuses institutions internationales, notamment la Fondazione Trussardi à Milan (2006), la Kunsthalle Basel (2007), la Tate Modern à Londres (2009), le Rockbund Art Museum à Shanghai (2012), le Castello di Rivoli (2012), le FRAC Bourgogne (2014), la National Gallery of Victoria à Melbourne (2014), Dallas Contemporary (2016), The Bass Museum à Miami Beach (2018), le MAXXI à Rome (2019), l’Arken Museum au Danemark (2020), The Andy Warhol Museum à Pittsburgh (2022) et le [mac] musée d’art contemporain à Marseille (2023).
Chaque semaine, recevez un regard unique et complet sur l’ensemble de nos activités et soyez parmi les premier·ère·s à connaître nos événements à venir!
L’exposition originale a été organisée par Contemporary Calgary, commissariée par Kanika Anand, et développée pour PHI en dialogue avec l’artiste et l’équipe de PHI.

Nous tenons à remercier le Conseil des arts et des lettres du Québec et Hydro-Québec pour leur soutien aux expositions Paola Pivi: Venez voir. Mensonges mensonges et Jakob Kudsk Steensen: Autres mondes. Nous remercions également la Caisse Desjardins de la Culture pour son soutien au programme éducatif de nos expositions du printemps-été.
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Avant, pendant ou après votre passage, ces outils sont là pour vous accompagner. Ils vous permettent de mieux comprendre les œuvres, de découvrir ce qui se cache derrière les coulisses de l’exposition ou encore de préparer une visite de groupe.
Paola Pivi crée des mondes d’émerveillement et d’abandon, où l’absurde remet subtilement en question la rigidité des systèmes répressifs. En entrant dans l’espace d’exposition, nous découvrons une ménagerie d’objets sculpturaux – allant d’une statue de la Liberté de petite taille portant un masque à des ours polaires recouverts de plumes aux couleurs vives, en passant par des murs tapissés de chaussures. Ensemble, ces œuvres invitent à réfléchir aux notions de liberté et de multiplicité: la liberté de penser au-delà de ce qu’on nous présente comme vrai et d’interroger les significations multiples que nous attribuons aux objets.
En dialogue direct avec la sculpture La spirale d’or (2017) de Jean-Michel Othoniel, dans la cage d’escalier, se trouve le masque perlé Collana (1995), réalisé par Pivi lors de sa première année aux beaux-arts. Cette œuvre, acquise par son défunt professeur Alberto Garutti, marque une première exploration des moyens par laquelle la liberté personnelle peut s’abstraire des rôles et des attentes sociales. Elle met en lumière la manière dont les identités se construisent et se défont, se libèrent et se protègent – souvent simultanément et jamais sans conséquences.
Avec It’s me [C’est moi] (2022), le symbolisme de l’emblématique statue de la Liberté est à la fois détourné et élargi, nous invitant à interroger les différentes conceptions de la liberté qu’elle peut incarner. La statue porte un masque en forme d’émoticône représentant Mahnaz Akbari, une femme afghane qui a servi dans l’armée nationale et a été contrainte de quitter son pays en 2021 à la suite du retrait des troupes américaines. Initialement conçue pour la High Line à New York sous la forme d’une sculpture de cinq mètres de haut intitulée You know who I am [Vous savez qui je suis] (2022) et présentant cinq masques en alternance, cette version de format réduit met en relief les enjeux de visibilité et d’agentivité au sein de systèmes façonnés par la bureaucratie, la réglementation et l’accès inégal aux droits. Chaque masque représente une personne différente, soulignant que la liberté se vit, se négocie et s’éprouve de manières différentes. L’œuvre s’attache également à la persistance de la statue comme emblème – de l’originale d’Auguste Bartholdi aux innombrables reproductions, souvenirs et miniatures disséminés à travers le monde – et nous invite à reconsidérer le sens dont elle était autrefois investie, ainsi que les déplacements de sa signification, à la fois inspirants et troublants.
Dans l’espace central, des ours polaires animés et recouverts de plumes aux couleurs vives explorent avec espièglerie à la fois l’exotisme associé à cet animal et son statut de symbole du changement climatique. Expressifs et anthropomorphes, ils adoptent des poses théâtrales – bras déployés ou exécutant un saut périlleux – et portent des titres accrocheurs, tels que They call me Polar Bear [On m’appelle l’ours polaire] (2024) et Milkshake move [Mouvement milkshake] 2024. Leur fantaisie invite à réfléchir à l’équilibre fragile de la nature: la maîtrise de leur posture fait écho à la cohabitation et à l’équilibre des écosystèmes. Devenus emblématiques dans la pratique de Pivi, ces ours apparaissent bien avant leur association aux enjeux climatiques, révélant combien la signification des symboles se transforme au fil du temps. Parmi les nombreux lieux où l’artiste a vécu – d’Alicudi, dans le nord de la Sicile, à Courmayeur, dans le nord de l’Italie, en passant par des villes de Chine, d’Inde, d’Hawaï et d’Alaska –, c’est toujours l’Alaska qu’elle considère comme son chez-soi. C’est ici qu’elle découvre l’ours polaire C'est ici qu'elle a rencontré l’ours polaire pour la première fois, et pour Pivi, ces œuvres sont avant tout fondées sur le respect et l’admiration.
À l’extrémité de la galerie, nous sommes invité·es à pénétrer dans un espace tapissé de centaines de paires de chaussures – une usée, l’autre neuve. Imprégnées des vies et des parcours de celles et ceux qui les ont portées, les chaussures racontent leurs histoires par leur style, leur valeur, leur taille et leur degré d’usure. À la fois portrait de la consommation et champ collectif d’expériences vécues, le simple déplacement de cet objet fonctionnel du pied vers le mur, par paires, nous rappelle que nous existons dans les négociations modestes et quotidiennes du mouvement et de l’accès.
La sculpture molle et interactive Milano (2022), le canapé miniature parfumé et une peinture tridimensionnelle en perles évoquent la notion de volume et les différentes manières d’habiter ou d’occuper l’espace.
Depuis les années 1990, Paola Pivi réalise des canapés miniatures qui interrogent les tendances du design et les univers entremêlés de la consommation de masse et du luxe. On découvre ici une version miniaturisée du canapé emblématique de la Factory d’Andy Warhol, saturée de parfum, ce qui lui confère une présence excédant son échelle – son sillage olfactif évoquant l’aura des personnalités hors norme qui y ont pris place. Sa signification passe d’un objet de confort et de repos à un objet de collection, devenant ainsi un objet de désir.
Une autre œuvre qui abolit la distinction entre art et design est la sculpture molle Milano, réalisée avec la maison de design italienne Moroso. Cette œuvre nous invite à nous glisser dans un espace étroit entre deux piles de matelas de velours. Nous nous retrouvons allongé·es sur un plan rouge primaire, le regard dirigé vers un plan bleu primaire. Cette configuration spatiale aiguise notre perception de l’espace partagé et de la proximité des corps. Comme souvent chez Pivi, l’expérience est à la fois ludique et légèrement inconfortable, transformant un lieu habituellement privé en un lieu d’interaction sociale.
En contraste avec le poids visuel des matelas, une roue légère et aérienne tourne lentement, de manière hypnotique, captivant notre regard. Elle fait référence à la célèbre Roue de bicyclette (de 1913) de Marcel Duchamp et à l’idée que la force d’un concept l’emporte sur l’habileté de son exécution. La roue de Paola Pivi évoque un capteur de rêves tout en retraçant l’arc de l’invention humaine – du mécanisme élémentaire de la roue à la technologie du vol.
Sur un autre mur se déploie une grande œuvre murale composée de somptueuses perles de plastique, qui met en jeu les notions de luxe et de désir. Elle renvoie au travail invisible, à la logique extractive de la consommation contemporaine et à l’équilibre précaire entre mondes naturel et manufacturé.
À l’autre extrémité de la galerie, la lueur d’un cube d’allure industrielle intitulé Lies [Mensonges] nous attire dans une pièce sombre. À l’intérieur, nous sommes entouré·es de milliers d’images du réel, recueillies aux quatre coins du monde, qui se renouvellent toutes les quelques secondes – juste assez longtemps pour que nous puissions les percevoir, établir des liens et réfléchir. Une voix humaine se fait entendre, énonçant une série de mensonges: certains ludiques et innocents, d’autres repris mot pour mot de l’histoire, d’autres encore douteux et destructeurs.
Conçue en 2013, cette œuvre est inspirée d’un épisode profondément personnel de la vie de Pivi, lorsqu’elle et son mari, Karma Culture Brothers, étaient engagés en Inde dans une bataille judiciaire de quatre ans contre l’organisation Villages d’enfants tibétains pour la garde de leur fils. Pris dans ce conflit, ils ont été la cible d’un déluge de mensonges utilisés comme des armes contre eux. À l’époque, le mensonge était encore largement perçu comme honteux et publiquement condamné. Ici, pourtant, la tromperie atteint un degré extrême: elle est le fait de personnes qu’elle croyait bienveillantes et au-dessus de tout soupçon. Pivi a été profondément ébranlée par la facilité avec laquelle nos perceptions de la réalité peuvent être si dangereusement brouillées.
En 2018, à peine cinq ans plus tard, lorsque Pivi réalise Lies au Bass Museum de Miami Beach, la société a basculé. La tromperie s’est normalisée : les entreprises induisent ouvertement en erreur, les gouvernements déforment la réalité et les mensonges sont de plus en plus admis. L’œuvre dépasse le récit personnel pour saisir les effets plus larges d’un monde saturé de contrevérités. Lorsque les mensonges circulent librement, c’est tout notre sens du réel qui se met à vaciller.
Rédaction: Kanika Anand
Le département de l’éducation offre des visites de groupe sur place pour les groupes de primaire, secondaire, cégep, universitaire, ainsi que pour les groupes communautaires. La visite de groupe peut être combinée à un atelier de création.
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