Exposition • Art contemporain
23 avril → 13 septembre
Paola Pivi:
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407, rue Saint-Pierre
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Plongez dans une exposition immersive de Jakob Kudsk Steensen qui interroge les réalités écologiques contemporaines à travers des mondes virtuels, sonores et vidéo.
Le travail de terrain a toujours été au cœur de la pratique de création de mondes virtuels de l’artiste danois Jakob Kudsk Steensen. Ses projets ont pris racine dans des sites aussi variés que la grotte de glace aujourd’hui effondrée du glacier d’Arolla, en Suisse, la forêt expérimentale Marcell au Minnesota, des complexes touristiques abandonnés où la flore et la faune résistent, les collections de l’American Museum of Natural History de New York, Bora-Bora, ainsi que des fonds marins volcaniques près des Açores.
À première vue, ces lieux peuvent sembler sans lien entre eux, mais chacun constitue un point d’observation crucial permettant à l’artiste de témoigner, d’archiver numériquement et de réfléchir à des réalités écologiques en rapide mutation. Après s’être immergé dans ces espaces et avoir rencontré les personnes qui les entretiennent et en prennent soin, Steensen construit des mondes spéculatifs où l’observation scientifique et la réécriture imaginative se déploient côte à côte. Évitant les écueils d’un moralisme appuyé ou d’un défaitisme paralysant, et se détournant d’une approche documentaire directe, il met plutôt en lumière des récits non abordés, non révélés ou tus autour du changement climatique – la manière dont celui-ci transforme nos corps et nos esprits, joue avec nos mémoires et reconfigure notre inconscient collectif.
Pour Autres mondes, Steensen propose une nouvelle modalité de son travail de terrain: cette présentation montréalaise invite l’artiste et son studio à explorer leurs propres archives, en considérant les projets passés comme des territoires à part entière. L’exposition réarticule six des mondes créés par Steensen au cours de la dernière décennie, invitant les visiteurs à les découvrir comme des chapitres d’un récit plus vaste : des expériences de réalité virtuelle, des environnements sonores spatialisés et des installations vidéo immersives deviennent autant de recoins d’un monde, de fragments d’un rêve, de cadences d’une composition musicale, de strophes d’un poème ou de niveaux d’un jeu vidéo en perpétuelle évolution.
Autres mondes est la première exposition individuelle de Jakob Kudsk Steensen au Canada et constitue la plus importante présentation institutionnelle de son travail à ce jour. L’exposition comprend la première nord-américaine de sa vaste installation Psychosphere, initialement commandée par Cisternerne à Copenhague.
Commissaire: Daniel Fiset
Jakob Kudsk Steensen (né en 1987, au Danemark) est un artiste dont la pratique mobilise la création de mondes virtuels, les technologies du jeu vidéo et le son spatialisé pour réaliser des installations de grande envergure. Sa démarche repose sur un travail de terrain recourant à la photogrammétrie et à d’autres modes d’enregistrement afin d’archiver numériquement des écologies en voie de disparition ou en émergence. Développé en étroite collaboration avec des scientifiques de l’environnement, des compositeur·trices et des philosophes, ce processus donne naissance à des mondes spéculatifs où technologie, psyché et corps convergent pour former de nouvelles narrations environnementales. On compte parmi ses collaborateur·trice·s la philosophe de l’environnement Melanie Challenger, la musicienne Arca, la performeuse et vocaliste Lyra Pramuk, la violoncelliste expérimentale Okkyung Lee, le compositeur et directeur musical du Philip Glass Ensemble Michael Riesman, l’ornithologue et auteur Douglas H. Pratt, le groupe de pop sud-coréen BTS, le Cornell Lab of Ornithology, TBA 21 Academy; Google Arts & Culture, le Musée Teyelers ainsi que le Musée d’histoire naturelle de Berlin.
Le studio de Jakob Kudsk Steensen remercie la Gaia Art Foundation pour son soutien à ses recherches interdisciplinaires sur la psyché, les mondes virtuels et l’écologie.

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Nous tenons à remercier Hydro-Québec pour son soutien aux expositions Paola Pivi: Venez voir. Mensonges mensonges et Jakob Kudsk Steensen: Autres mondes. Nous remercions également la Caisse Desjardins de la Culture pour son soutien au programme éducatif de nos expositions du printemps-été.
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Autres mondes constitue la première grande exposition individuelle de Jakob Kudsk Steensen au Canada et, à ce jour, la plus importante présentation institutionnelle de son travail. Réunissant six œuvres majeures réalisées sur une période de dix ans, elle offre à l’artiste l’occasion de revisiter ses archives et de parcourir les mondes qu’il a imaginés. Se déployant dans deux bâtiments de PHI, l’exposition présente des expériences virtuelles, des environnements sonores spatialisés et des installations vidéo immersives qui apparaissent moins comme des œuvres autonomes que comme les fragments d’une composition plus vaste – des cadences d’une partition musicale, des strophes d’un poème, des territoires qui s’entrecroisent ou encore des niveaux dans un jeu vidéo.
Cet ensemble, où des œuvres antérieures réapparaissent comme un terrain à explorer plus avant, fait écho au processus de création de Kudsk Steensen, qui s’amorce par d’intenses périodes de recherche écologique et de collaboration créatives. Dans des grottes glaciaires, des forêts expérimentales, les réserves de musées d’histoire naturelle, des fonds marins volcaniques et des complexes touristiques abandonnés, il recueille des données qui deviennent ensuite le fondement des mondes numériques immersifs qu’il construit. Ces ensembles de données, toutefois, ne sont pas présentés comme des documents directs d’environnements en voie de disparition ou autrement inaccessibles. Ils servent surtout de points de départ pour des constructions spéculatives qui dépendent autant de l’imagination que des sensations, des souvenirs et des états mentaux qui traversent l’artiste pendant ses recherches et qui, à leur tour, traversent l’expérience même des œuvres par le public.
Que la spéculation se trouve au cœur de la pratique de Kudsk Steensen peut sembler contre-intuitif, tant son travail est ancré dans la recherche observationnelle. L’installation vidéo immersive présentée dans la salle G1, Les langues de verglas (2022-2023), incarne cette tension. L’artiste s’est rendu à plusieurs reprises dans une grotte glaciaire aujourd’hui effondrée au sein du glacier d’Arolla, dans les Alpes suisses – d’abord lorsqu’elle était encore intacte, puis de nouveau un an après son effondrement –, où il a enregistré les souvenirs d’un glaciologue et d’un alpiniste qui connaissaient bien cet endroit. Les glaciers, malgré leur apparence d’immuabilité, abritent des écologies complexes et témoignent de l’accélération de la crise climatique; la «langue» à laquelle renvoie le titre de l’œuvre désigne, par exemple, un phénomène par lequel une partie d’un glacier fait saillie au-dessus de la surface de l’eau sous l’effet de variations rapides de température. Des relevés numériques des textures du glacier d’Arolla et de la flore qui s’y trouve constituent le point de départ d’une méditation poétique qui établit des parallèles entre les liens humains et ceux qui se tissent au sein des milieux naturels: la grotte glaciaire comme lieu de rencontre, où le langage lui-même peut être reconfiguré.
La salle G2 accueille RE-ANIMATED [RÉ-ANIMÉ] (2018-2019), une expérience de réalité virtuelle et vidéo basée sur un enregistrement du Kauaʻi ʻōʻō, un oiseau hawaïen déclaré officiellement éteint en 1987. Une décennie plus tôt, des chercheurs avaient capté le chant nuptial du dernier mâle connu. Kudsk Steensen a trouvé cet enregistrement sur YouTube au début de ses recherches, ce qui l’a amené aux collections de l’American Museum of Natural History – où sont conservés des spécimens naturalisés collectés au 19ᵉ siècle – et à la rencontre de l’ornithologue H. Douglas Pratt, l’un des derniers chercheurs à avoir observé l’oiseau avant sa disparition. Que cette rêverie prenne naissance dans une rencontre en ligne avec des ondes sonores dématérialisées n’est pas anodin: l’archive numérique devient ici à la fois un lieu de deuil et un espace de régénération potentielle.
Dans la salle G3, Boreal Dreams [Rêves boréaux] (2025) s’appuie sur des recherches scientifiques menées dans la Marcell Experimental Forest, au Minnesota, où des scientifiques ont simulé des conditions de réchauffement climatique afin d’en étudier les effets sur les écosystèmes. Attentif au rôle crucial de la forêt boréale dans la régulation des systèmes météorologiques de la Terre, ainsi qu’à sa fonction essentielle de stockage du carbone, Kudsk Steensen imagine un avenir où l’augmentation progressive des températures influe sur la manière dont les cycles naturels se reposent, dorment, pensent et rêvent. Les données environnementales recueillies lors de sa présence sur le site sont transformées en paysages sensoriels qui ouvrent sur des futurs spéculatifs où la forêt se reconfigure. L’œuvre peut être expérimentée soit sous la forme d’une installation vidéo à deux canaux, soit comme une expérience interactive en ligne qui offre au public une capacité d’action accrue sur les simulations.
Parallèlement aux éléments interactifs de Boreal Dreams, Primal Tourism [Tourisme primal] (2016), présentée dans la salle G4, est l’œuvre qui explore le plus directement les interfaces vidéoludiques et l’interactivité. Le public y déambule sur l’île de Bora Bora – non pas dans une image idyllique façonnée par le tourisme mondial, mais dans un registre dystopique imaginé. L’œuvre superpose aux cartographies existantes des fantasmes d’exotisme projetés, retraçant la manière dont les imaginaires coloniaux et les économies contemporaines du loisir scénarisent, consomment et reconfigurent le territoire, tout en soulignant la persistance de leurs effets. Cartography of Fantasia [Cartographie d’un monde fantasmé] (2015) prolonge cette réflexion sur la projection et le désir à partir de complexes touristiques abandonnés en Espagne. Comme Primal Tourism, l’œuvre s’inspire du déclin d’espaces jadis conçus comme des lieux d’évasion totale. À travers le processus élaboré par Kudsk Steensen, ces environnements deviennent des réceptacles d’aspirations et de désillusions, révélant les formes persistantes des fantasmes d’exploitation dans les territoires qui les accueillent.
L’exposition atteint son apogée au 465, rue Saint-Jean avec Psychosphere (2025), une vaste installation qui combine un environnement sonore spatialisé, des sculptures lumineuses interactives évoquant des espèces hybrides, et des images vidéo tirées des expéditions de Kudsk Steensen vers des sources géothermiques aux Açores et à Stromboli, ainsi que des prises de vue de volcans sous-marins en eaux profondes réalisées en collaboration avec REV Ocean/REV Aurora. Des éléments organiques et synthétiques, historiques et spéculatifs convergent ici pour suggérer une écologie malléable, en perpétuelle adaptation. Comme dans les œuvres antérieures, un paysage sonore génératif et directionnel fait de l’espace un instrument à part entière, comme animé par un souffle. Si les œuvres de l’artiste puisent souvent dans des états oniriques, Psychosphere évoque aussi un environnement total, qui n’est pas sans rappeler une chapelle ou un espace sacré – signe que l’immersion n’est pas l’apanage de la seule culture numérique, mais qu’elle procède de traditions spirituelles bien plus anciennes qui, depuis longtemps, cherchent à transporter l’être humain au-delà des limites de la perception ordinaire.
Autres mondes inscrit la pratique de Jakob Kudsk Steensen aux côtés d’autres formes de création de mondes, au premier rang desquelles figurent les jeux vidéo, qui constituent pour lui un point de référence constant. À première vue, l’art contemporain et les jeux vidéo semblent se situer à des extrémités opposées du spectre culturel: l’un caractérisé historiquement par l’exclusivité et la distinction; l’autre, par une accessibilité de masse. Pourtant, cette opposition s’avère de plus en plus inadéquate, les écologies numériques aplanissant les distinctions entre culture savante et culture populaire et les artistes passant librement d’une catégorie à l’autre. Les jeux nourrissent depuis longtemps la pratique artistique, apparaissant tout au long de l’histoire de l’art à la fois comme sujet et comme méthode. Les jeux vidéo, en particulier, offrent aux artistes une manière de réfléchir aux systèmes fondés sur des règles, au hasard, à l’immersion et à la numérisation de la culture. Ils modélisent une logique structurelle qui privilégie la circulation plutôt que la contemplation passive, le repositionnement perpétuel dans l’espace et la capacité à déplacer les points de vue et à adopter des perspectives sans cesse changeantes. Les environnements de Kudsk Steensen, en nous conférant un sentiment accru de capacité d’action, nous invitent non seulement à observer notre monde – ou nos mondes –, mais aussi à les parcourir, à les reconsidérer et à les réinventer.
Rédaction: Daniel Fiset
Le département de l’éducation offre des visites de groupe sur place pour les groupes de primaire, secondaire, cégep, universitaire, ainsi que pour les groupes communautaires. La visite de groupe peut être combinée à un atelier de création.
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