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AUDIOGUIDE

Jakobkudsksteensen psychosphere
Jakob Kudsk Steensen, Psychosphere (détail), 2025 Image en mouvement, son spatialisé, sculptures en verre interactif, fibre de verre et résine. Commandée par Cisternerne, The Frederiksberg Museums, Danemark. Recherche fondamentale soutenue par la Gaia Art Foundation. © Jakob Kudsk Steensen, 2025.

Introduction – Autres mondes

Bienvenue chez PHI. Mon nom est Daniel Fiset et je suis commissaire de l’exposition de Jakob Kudsk Steensen, Autres mondes.

Autres mondes constitue la première grande exposition individuelle de l’artiste au Canada et, à ce jour, la plus importante présentation institutionnelle de son travail. Réunissant six œuvres majeures réalisées sur une période de dix ans, elle offre l’occasion de revisiter ses archives et de parcourir les mondes qu’il a imaginés. Cet ensemble, où des œuvres antérieures réapparaissent comme un terrain à explorer plus avant, fait écho au processus de création de l’artiste, qui s’amorce par d’intenses périodes de recherche écologique et de collaboration créatives.

Sa pratique s’inscrit dans la continuité d’autres formes de création de mondes, au premier rang desquelles figurent les jeux vidéo, qui constituent pour lui un point de référence constant. Les jeux nourrissent depuis longtemps la pratique artistique, apparaissant tout au long de l’histoire de l’art à la fois comme sujet et comme méthode. Les jeux vidéo, en particulier, offrent aux artistes une manière de réfléchir aux systèmes fondés sur des règles, au hasard, à l’immersion et à la numérisation de la culture. Ils modélisent une logique structurelle qui privilégie la circulation plutôt que la contemplation passive, le repositionnement perpétuel dans l’espace et la capacité à déplacer les points de vue et à adopter des perspectives sans cesse changeantes. Les environnements de l’artiste, en nous conférant un sentiment accru de capacité d’action, nous invitent non seulement à observer notre monde – ou nos mondes –, mais aussi à les parcourir, à les reconsidérer et à les réinventer.

G1 Tonguesof Verglas Vid Still Audioguide
Jakob Kudsk Steensen, Les langues de verglas, 2022-2023. Simulation (image fixe). Commandée par le Projet MIRE, le Fonds cantonal d’art contemporain. Avec l’aimable permission de l’artiste.

G1 – Les langues de verglas (2022-2023)

La présence de la spéculation dans la démarche de l’artiste peut sembler contre-intuitive, tant son travail est ancré dans l’observation documentaire. L’installation vidéo immersive présentée dans la salle G1, Les langues de verglas (de 2022 à 2023), incarne cette tension entre fiction et document. Jakob s’est rendu à plusieurs reprises dans une grotte glaciaire aujourd’hui effondrée au sein du glacier d’Arolla, dans les Alpes suisses – d’abord lorsqu’elle était encore intacte, puis de nouveau un an après son effondrement. Il y a enregistré les souvenirs d’un glaciologue et d’un alpiniste qui connaissaient bien cet endroit. Les glaciers, malgré leur apparence d’immuabilité, abritent des écologies complexes et témoignent de l’accélération de la crise climatique; la «langue» à laquelle renvoie le titre de l’œuvre désigne, par exemple, un phénomène par lequel une partie d’un glacier fait saillie au-dessus de la surface de l’eau sous l’effet de variations rapides de température. Des relevés numériques des textures du glacier d’Arolla et de la flore qui s’y trouve constituent le point de départ d’une méditation poétique qui établit des parallèles entre les liens humains et ceux qui se tissent au sein des milieux naturels: la grotte glaciaire comme lieu de rencontre, où le langage lui-même peut être reconfiguré.

G2 Re Animated Vid Still Audioguide
Jakob Kudsk Steensen, RE-ANIMATED, 2018-2019. Vidéo cinématique 2D et réalité virtuelle (image fixe). Avec l’aimable permission de l’artiste.

G2 – RE-ANIMATED (2018-2019)

La salle G2 accueille RE-ANIMATED [RÉ-ANIMÉ] (de 2018 à 2019), une expérience de réalité virtuelle et vidéo basée sur un enregistrement du Moho de Hawaï, un oiseau déclaré officiellement éteint en 1987. Une décennie plus tôt, des chercheurs avaient capté le chant nuptial du dernier mâle connu. L’artiste a trouvé cet enregistrement sur YouTube au début de ses recherches, ce qui l’a amené aux collections de l’American Museum of Natural History – où sont conservés des spécimens naturalisés collectés au 19ᵉ siècle – et à la rencontre de l’ornithologue H. Douglas Pratt, un des derniers chercheurs à avoir observé l’oiseau avant sa disparition. Que cette rêverie prenne naissance dans une rencontre en ligne avec des ondes sonores dématérialisées n’est pas anodin: l’archive numérique devient ici à la fois un lieu de deuil et un espace de régénération potentielle.

G3 Boreal Dreams Vid Still Audioguide
Jakob Kudsk Steensen, Boreal Dreams, 2025. Simulation en direct, son spatialisé et expérience interactive en ligne (image fixe). Commandée par la Fondation Beyeler, Riehen/Basel, avec support de la New Carlsberg Foundation et la Danish Arts Foundation. Avec l’aimable permission de l’artiste.

G3 – Boreal Dreams (2025)

Dans la salle G3, Boreal Dreams [Rêves boréaux] (2025) s’appuie sur des recherches scientifiques menées dans la Marcell Experimental Forest, au Minnesota, où des scientifiques ont simulé des conditions de réchauffement climatique afin d’en étudier les effets sur les écosystèmes. Attentif au rôle crucial de la forêt boréale dans la régulation des systèmes météorologiques de la Terre, ainsi qu’à sa fonction essentielle de stockage du carbone, Kudsk Steensen imagine un avenir où l’augmentation progressive des températures influe sur la manière dont les cycles naturels se reposent, dorment, pensent et rêvent. Les données environnementales recueillies lors de sa présence sur le site sont transformées en paysages sensoriels qui ouvrent sur des futurs spéculatifs où la forêt se reconfigure. L’œuvre peut être expérimentée soit sous la forme d’une installation vidéo à deux canaux, soit comme une expérience interactive en ligne qui offre au public une capacité d’action accrue sur les simulations.

G4 Primal Tourism Audioguide
Jakob Kudsk Steensen, Primal Tourism, 2016. Jeu vidéo multijoueur (image fixe). Avec l’aimable permission de l’artiste.

G4 – Primal Tourism (2016) et A Cartography of Fantasia (2015)

Parallèlement aux éléments interactifs de Boreal Dreams, Primal Tourism [Tourisme primal] (2016), présentée dans la salle G4, est l’œuvre qui explore le plus directement les interfaces vidéoludiques et l’interactivité. Le public y déambule sur l’île de Bora Bora – non pas dans une image idyllique façonnée par le tourisme mondial, mais dans un registre dystopique imaginé. L’œuvre superpose aux cartographies existantes des fantasmes d’exotisme projetés, retraçant la manière dont les imaginaires coloniaux et les économies contemporaines du loisir scénarisent et consomment le territoire, tout en soulignant la persistance de leurs effets. A Cartography of Fantasia [Une cartographie d’un monde fantasmé] (2015) prolonge cette réflexion sur la projection et le désir à partir de complexes touristiques abandonnés en Espagne. Comme Primal Tourism, l’œuvre s’inspire du déclin d’espaces jadis conçus comme des lieux d’évasion totale. À travers le processus élaboré par l’artiste, ces environnements deviennent des réceptacles d’aspirations et de désillusions, révélant les formes persistantes des fantasmes d’exploitation dans les territoires qui les accueillent.


G5 G6 G7 Psychosphere Audioguide
Jakob Kudsk Steensen, Psychosphere (détail), 2025. Image en mouvement, son spatialisé, sculptures en verre interactif, fibre de verre et résine (image fixe). Commandée par Cisternerne, The Frederiksberg Museums, Danemark. Recherche fondamentale soutenue par la Gaia Art Foundation. © Jakob Kudsk Steensen, 2025.

G5, G6, G7 – Psychosphere (2025)

L’exposition atteint son apogée au 465, rue Saint-Jean avec Psychosphere (2025), une vaste installation qui combine un environnement sonore spatialisé, des sculptures lumineuses interactives, et des images vidéo tirées des expéditions de l’artiste vers des sources géothermiques aux Açores et à Stromboli, ainsi que des prises de vue de volcans sous-marins en eaux profondes réalisées en collaboration avec REV Ocean. Des éléments organiques et synthétiques, historiques et spéculatifs convergent ici pour suggérer une écologie malléable, en perpétuelle adaptation. Comme dans les œuvres antérieures, un paysage sonore génératif et directionnel fait de l’espace un instrument à part entière, comme animé par un souffle. Si les œuvres de l’artiste puisent souvent dans des états oniriques, Psychosphere évoque aussi un environnement total, qui n’est pas sans rappeler une chapelle ou un espace sacré – signe que l’immersion n’est pas l’apanage de la seule culture numérique, mais qu’elle procède de traditions spirituelles bien plus anciennes qui, depuis longtemps, cherchent à transporter l’être humain au-delà des limites de la perception ordinaire.