Marie-Hélène: Y a-t-il eu des points saillants pour toi pendant la production des segments cocréés?
Adrienne: L’un des points forts pour moi a été l’aspect collaboratif de la production. De manière générale j’adore converser avec des gens différents et écouter leurs points de vue et leurs expériences (j’ai bien hâte qu’un «traducteur universel» comme celui utilisé dans Star Trek soit inventé pour la communication interespèces!) parce qu’il est important de s’ouvrir à d’autres perspectives. Pouvoir discuter avec des personnes de milieux différents du nôtre est un atout inestimable pour toutes les facettes de l’être. Ces moments-là sont magiques, peu importe le contexte ou la «gravité» du thème de discussion.
Marie-Hélène: Je suis tout à fait d’accord! Pour moi, ce qui ressort de Mouvements en cocréation, c’est ton ouverture au fait que nous ayons des points de vue différents et complémentaires. Ma façon d’aborder l’art contemporain repose sur une méthodologie somatique féministe et sur la recherche poétique. C’est aussi sous cet angle que j’ai parlé avec toi de la représentation des femmes (Amelia Earhart et d’autres figures emblématiques féminines, telles les mères nation) dans l’architecture patriarcale de Penn Station. Avec ta perspective historique, tu as mis l’accent sur les corps noirs (les bagagistes à casquette rouge et les soldats noirs de la Deuxième Guerre mondiale) en relation avec l’architecture de la gare, et j’en ai beaucoup appris. En plus d’être une historienne de l’art critique, tu t’intéresses aussi aux perspectives somatiques, qui considèrent que les œuvres d’art et nos corps sont faits d’une matérialité vibrante, animée et partagée. C’est ce qui m’a frappée chez toi.
La traduction ou la transmission de concepts est au cœur de nos domaines. En pensant à l’exposition Dévoilements narratifs et à nos approches respectives, comment penses-tu que cela se matérialise? Quelles considérations sont prises en compte?
Adrienne: Quelle vaste question! Il est impératif d’articuler et de transmettre efficacement les idées, quel que soit le domaine dans lequel on évolue. C’est essentiel à l’existence humaine. Du point de vue d’une universitaire émergente et historienne de l’art, la simplicité du langage est une considération fondamentale. Je pense que le fait d’avoir un sujet clair et d’utiliser un libellé qui rend les concepts faciles à comprendre élimine beaucoup d’obstacles potentiels. L’art de la communication, écrite ou orale, est en bout de compte une pratique continue.
Marie-Hélène: Oui, je le vois dans ton travail et dans tes écrits: clarté du langage et accessibilité des concepts, sans pour autant renoncer à transmettre la complexité et la profondeur des idées, bien au contraire. Je vise une approche similaire des mots par ma méthodologie de recherche poétique. Tu as accueilli avec une grande ouverture mon rapport poétique aux concepts au sein de ta propre constellation d’idées issues de ta perspective d’histoire de l’art. De manière organique, au fil de notre dialogue, nous avons trouvé des bases conceptuelles communes: les corps dans l’espace, la phénoménologie de l’espace, l’imaginaire et le réel, l’architecture de la lumière et des ombres, la vraisemblance, le documentaire et l’imagination, etc.
Je tiens à te remercier, Adrienne, pour cette belle collaboration. Ce fut un vrai plaisir de travailler avec toi!
Adrienne: Merci Marie-Hélène, de m’avoir offert cette occasion de travailler avec toi et ton équipe formidable. J’ai été très touchée! Je suis une grande admiratrice du Centre et de la Fondation PHI et de la façon dont ils œuvrent pour l’inclusivité et semblent oser explorer et aborder une foule de questions depuis des perspectives incroyablement diversifiées, en plus de leur soutien aux chercheuses et chercheurs locaux et internationaux. À bien des égards, cette expérience (et en particulier la possibilité de travailler avec toi, Marie-Hélène) illustre pourquoi je tiens le domaine des arts dans la plus haute estime: l’art permet de découvrir d’autres circonstances au-delà de notre expérience personnelle. Il facilite non seulement les rencontres, mais aussi l’établissement de nouveaux liens, et génère des échanges avec les autres qui contribuent bien souvent à élargir notre compréhension… Pour citer le regretté artiste, poète et auteur montréalais, Anthony Joyette, «Merci pour l’instant».